Travaux
et axes de
recherches

Je garde un lumineux souvenir de mes années de thèse à l’EHESS. Le plaisir des lectures, des bibliothèques parisiennes, des cartons d’archives au château de Vincennes, les échanges et les rencontres au cours de séminaires qui débordaient largement le cadre traditionnel de l’architecture, entre anthropologues, géographes ou historiens. Le plaisir d’écrire également. Ces longues journées d’ascèse, penché sur le clavier dans un silence feutré, m’ont construit des souvenirs de moments paisibles et créatifs que la tension continuelle de la pratique professionnelle du métier d’architecte n’a ni complètement remplacé, ni effacé. Mais au-delà de cette recherche d’équilibre et d’épanouissement personnels, l’âge qui vient fait gonfler en moi, sourdement et jour après jour, une impérieuse nécessité. Celle de faire et de transmettre. De construire de la connaissance structurée à partir de quantités de fragments récoltés mais épars. Au-delà des freins de l’éternelle discussion entre modestie et prétention, écouter cette petite voix qui me répète : « tu dois apporter ta petite pierre à l’édifice, mettre tes compétences et tes acquis à la disposition des générations qui suivront ».

Mais comment ,

En reprenant un chemin interrompu, des pistes de recherche non abouties, des intuitions à multiples embranchements. Ce chemin commence il y a plus de cinquante ans…

Fils et petit-fils d’architecte, le grenier de notre maison familiale était rempli de caisses d’archives et de plans. Mon intérêt pour la recherche, est ainsi né dans la découverte de plans, de cartes et de papiers poussiéreux à l’ombre de l’énigmatique cathédrale romano-gothique qui domine le paysage de Tournai, cette petite ville tranquille qui s’enorgueillit pourtant de son lointain passé de capitale des Francs.

A vingt-trois ans, diplôme et crayon en poche, je pars pour le Sud. Ce sera le Maroc et Marrakech. Dans la maison que je loue dans la médina, un grand plan de la ville aux couleurs passée occupe le mur du salon du sol au plafond. Je passe des heures devant ce plan. Y a-t-il quelque chose à comprendre dans l’organisation de cette ville envoutante, foisonnante, labyrinthique ? Un jour, utilisant la longue latte transparente qui me servait pour des dessins en perspective, je cherche des relations entre les portes des remparts de la médina. Surprise : en reliant deux par deux par un trait de crayon des portes opposées (Nord-Sud ; Est-Ouest,…) sur le parcours des murs d’enceinte, je remarque que les axes se rejoignent en un point situé dans la zone centrale de la vielle ville. Simple coïncidence ou tracé délibéré ? L’enquête commence. Et elle va me mener loin et longtemps. Au travers de textes historiques, de relevés archéologiques, A Rabat, à Aix-en Provence et finalement à Paris.

Paris, pour ses bibliothèques, ses archives, notamment à Vincennes où les rapports des missions militaires du XIXème siècle et les premiers relevés secrets de la ville sont d’un immense intérêt pour restituer l’organisation de la ville de Marrakech avant que les exigences de la modernité n’en modifient profondément le plan.Paris, ce sera aussi l’EHESS où je m’inscris pour un DEA puis pour un doctorat. Ma thèse (soutenue en 2000 sous la direction de Marcel Roncayolo) aura pour titre « l’ordre caché de Marrakech ».

Comment la ville s’était- elle formée ? Comment retrouver dans le tissu urbain actuel, les villes qui se sont superposées pendant près d’un millénaire ? Tout d’abord à partir de thèmes comme, l’eau, la religion, l’organisation sociale et celle des quartiers à partir des maisons et des impasses puis, par strates, en tentant de refaire l’histoire des lentes modifications de la ville traditionnelle. Si cette analyse « morphogénétique » était en quelque sorte l’aboutissement de mon enquête sur la formation des espaces de Marrakech, je ne savais pas encore à quel point j’étais loin d’arriver au bout du chemin. D’abord à propos des axes urbains : Ce que révèle l’étude de Marrakech se retrouve-t-il pour d’autres villes fondées, modifiées, agrandies à la même époque ? Des villes comme Cordoue et Séville semblent avoir vécu des aventures comparables. Et plus loin, très loin, dans un contexte politico-religieux totalement différent, des villes comme Bruxelles et Tournai (il s’agira de pousser plus loin la recherche) semblent elles aussi avoir suscité des projets urbains de nature similaire.

Ensuite à la recherche des origines du modèle dans le bassin méditerranéen, la question des Alexandries. L’étude de ces villes crées par le conquérant grec dans des contrées étrangères à sa culture d’origine me semblent pouvoir révéler certains fondements d’un urbanisme planifié.

Dans un contexte plus spécifiquement marocain, il me semble que l’étude de l’organisation des campements du makhzen itinérant peut servir à la compréhension des organisations palatiales et urbaines. Dans une optique plus proche de mes fonctions pédagogiques à LOCI Tournai et notamment de mon cours de théorie du développement durable, la question essentielle, et pourtant souvent éludée, me semble être celle du rapport de l’architecture et du temps.

Enfin, il me semble pertinent de porter aujourd’hui un autre regard sur la discipline « architecture », de l’extraire des logiques de théorisation héritées de la Renaissance et de l’orienter vers des grilles de lecture plus contemporaines, plus orientées vers l’humain et ses « compétences d’édifier », comme l’écrivait Françoise Choay, bref vers des analyses plus « anthropologiques» Dans cette démarche, le choix des mots justes jouera un rôle prépondérant.

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